Propagande

krieg« En temps de guerre, la première victime, c’est la vérité »   Winston Churchill

La désinformation est – aussi – une arme de destruction massive. Mais dans cette deuxième guerre du Golfe, contrairement à la première, la vigilance de certains journalistes l’a déjouée plusieurs fois: un rapport anglais pompé sur un travail universitaire d’il y a dix ans, des photos satellites truquées montrant des usines irakiennes, une fausse fiole de bacilles brandit à l’ONU par un ministre américain, la fausse lettre d’un ambassadeur irakien en quête de minerai d’uranium à un ministre nigérien bidonnée par un espion anglais, l’affirmation péremptoire de liens entre Al Qaïda et Saddam Hussein par une autre ministre américaine.

Cette guerre entre dans les archives de l’Histoire comme le conflit qui a donné lieu au plus grand nombre de falsification de documents et de montage de preuves. A l’origine de celles-ci: une seule source, les agences fédérales américaines, donc la présidence elle-même. De telles pratiques laissent le champ libre à tous les fantasmes jusqu’à la thèse d’un complot fomenté par quelques militaires d’extrême droite raciste au coeur de l’Etat américain.

La désinformation s’est glissée partout. Pire que du gaz moutarde. Et lourdement chargée, encore. Sans aucune subtilité. Car la désinformation ordinaire a des circuits tout à fait rôdés, qui passent en général par des agences de presse peu scrupuleuses ou qui relayent sans vérification des faits entièrement montés par un espion.

anthrax

En temps de guerre plus encore qu’en temps de paix, coupez la radio! Débranchez votre télévision, si vous ne l’avez pas déjà jetée à la poubelle. Oubliez internet et ses informations invérifiables (mais pas votre cher conotron!). Ne lisez plus la presse écrite qu’avec de grosses lunettes à décoder. Et surtout, surtout, faites confiance à votre sens critique.

Observez: pourquoi les bureaux d’Al-Jazira ont-ils été bombardés par les Américains à Kaboul? Et à nouveau à Bagdad? Parce que la télé n’a relayé que des faits d’armes américains. Bien plus rarement ce qui se passait à Bagdad. Ou seulement dans les 200 mètres autour de l’hôtel Palestine (tiens, pourquoi a-t-il été canardé lui aussi? Ne serait-ce pas pour fairte peur à ces « salauds » de journalistes indépendants?). Il était devenu impossible d’être informé par une télé lourdingue, empêtrée dans des directs qui n’en étaient plus et obligée d’user de conditionnels à l’infini dans des non-commentaires au sujet d’une dictature quant à elle vraie de vraie. Et internet? l’information d’une agence de presse ou celle sortie d’Al-Jazira peut y être recoupée en temps réel sur le site du DoD américain. Et une image manquante sur la télé américaine (parce qu’un ministre a déclaré: « Les chaînes de télévision relayant de telles images font, je dirais, quelque chose de malencontreux » – Donald Rumsfeld) peut être attrapée sur un site de presse arabe.

La désinformation, au-delà de ses aspects dégueu’ de bourrage de crâne, est surtout la preuve d’une mauvaise foi absolue. C’est celle-ci qui a surgi lorsque le gouvernement américain a critiqué l’usage de photos des prisonniers de guerre américains, notamment par Al-Jazira (mais non ce bombardement, un mort… n’était pas prémédité !). Oubliant les plans de la veille sur CNN montrant des prisonniers irakiens défilant mains sur la tête.

L’exhibition des prisonniers remontent à l’antiquité et aux triomphes impériaux, mais les faire défiler dans les rues pour saper le moral d’un peuple occupé est un usage qui est né lors de la première guerre mondiale dans le nord de la France. La Convention de Genève allait (notamment) contre cette pratique humiliante.

Les Etats-Unis ont finalement jeté leur masque: ils ont montré le peu de cas qu’ils font du droit lorsqu’il leur est opposable.