Les printemps arabes vont manquer de pétrole.

A Sidi Bouzid, le 17 décembre 2010, un jeune vendeur tunisien de quatre saisons sans permis, Mohamed Bouazizi, 26 ans,  s’était immolé par le feu, après la confiscation de sa marchandise par la police. Mohamed était jeune diplômé au chômage,  est décédé mardi en début de soirée. La foule avait manifesté et crié sa colère, à la fois contre le gouvernement et contre la cherté de la vie qui conduit les jeunes au désespoir.

Après des manifestations de rue particulièrement violentes, Zine el-Abidine Ben Ali s’enfuit le 14 janvier et son régime tombe.Le 23 octobre 2011, une Assemblée Constituante est élue. Le 25 janvier, c’est au tout de l’Egypte de rentrer en ébullition et le peuple cairote occupe la place El-Tahrir jusqu’à la démission d’Hosni Moubarak le 14 février. En Lybie, une guerre à l’arme lourde, avec le soutien aérien de l’OTAN, menée par des opposants politiques a finalement eu raison le 20 octobre de la dictature de Mouamar Khadafi. Des élections pluralistes qui ont eu lieu tant en Tunisie qu’en Egypte, ont portées au pouvoir dans les deux cas des majorités islamistes (que je me refuse à appeler modérées, il n’y a pas de demi-musulmans).

Le plus frappant dans ces évènements, c’est leur concomitance: une soudaine éruption de violence entraînant une montée aux extrêmes, la persistance d’un fort courant islamiste évincé du pouvoir par des années de dictature, une population particulièrement jeune: un tiers a entre 15 et 30 ans, de plus en plus éduquée et fait remarquable les filles aussi, une population en transition démographique avec un taux de fécondité en baisse (environ 3,5 enfants par femme entre 2000 et 2005).

Un des points communs fondamentaux entre ces différents pays arabes, c’est leur production de pétrole ou de gaz. Car la plupart des pays arabes (hormis le Maroc et la Mauritanie) sont des pays producteurs de pétrole ou/et de gaz: la Tunisie, l’Egypte, la Syrie, la Lybie, l’Algérie, etc.

Or, jusqu’à récemment, cette production de pétrole locale garantissaient leur autosuffisance énergétique aux pays arabes. Les choses changent.

Ne considérons que la situation de la Tunisie, car elle est symptomatique: en 2005, le pays produit près de 75 000 barils de pétrole brut par jour, tandis que la demande locale se monte à 94 000 barils par jour. La production locale est en déclin de 37 % par rapport au pic de 120 000 barils par jour atteint entre 1982 et 1984. Côté gaz, la Tunisie produit 76 milliards de pieds cubiques tout en consommant 136 milliards de pieds cubiques dans l’année (2003): l’autosuffisance énergétique n’y est pas non plus.

La Tunisie avait donc jusqu’aux années ’90 une balance commerciale équilibrée: tourisme et gaz étaient ses deux pompes à devises. Elle est désormais déficitaire. Le pays importe une partie de ses ressources énergétiques. Et surtout, il s’approvisionne en produits alimentaires de base sur le marché mondial. Et ceux-ci se sont fortement renchéris – notamment le blé – suite aux mauvaises récoltes de 2010.

Je ne réduirais pas les émeutes du printemps arabe à des émeutes de la faim, mais plutôt aux prodromes d’un déclin des ressources énergétiques (pétrolières, surtout) et agricoles. Nous sommes face aux premières crises d’épuisement des ressources promises par le Club de Rome dans son fameux rapport de 1973: « Halte à la croissance! »

De l’avis de plusieurs experts, le pic pétrolier est bel et bien là. Hic & nunc