Crève cœur

C’est un crève coeur sans fond depuis le 13 novembre, chaque fois que je pense à tous ces destins fauchés, ces enfants venus écouter de la musique ou boire un pot en terrasse d’un bistrot. Avant nos vies oscillaient entre résistance et résilience. L’oscillation s’est juste carrément accélérée depuis. Car comment vivre avec tous ces intimidants autour de nous, dont la terreur n’est que l’intimidation ultime : celle qui tue n’importe qui, n’importe quand, n’importe où. Il faut leur résister, quitte à y laisser la peau. Tout en s’en refaisant une, de peau, tel les reptiles.

Avant, toutes ces histoires se passaient loin, très loin. Parfois l’armée française venait vous extraire d’une zone d’embrouilles, ou vous rapartriait en avion militaire quand vos vacances tournaient mal. Très loin, c’était dangereux. Mais là, rue de Charonne, le Bataclan, c’est tout près de chez moi, de chez vous. Trop près, en fait, pour continuer de vivre ici comme si de rien n’était. De vivre comme avant.

Dans mon imaginaire de petit bourgeois épicurien, le nihilisme demeure une énigme totale. Je ressors mon Nietzsche pour l’occasion mais n’y trouve pas de réponse à mes « pourquoi » ou « comment ». Dans quel désespoir sont donc plongés ces fous-furieux ? Dans quel désespoir nous plongent-ils ? Leur fanatisme religieux n’explique pas tout, le fénéthylline (captagon) ou leur conditionnement non plus. Il faut bien quand même qu’ils ne puissent plus imaginer de lendemains qui chantent pour ainsi vouloir finir en charpie dans un grand flash de lumière noire ?

C’est mon crève coeur de penser qu’il y a des enfants -aussi- sous les bombes françaises en Irak et en Syrie. Et que ceux qui en réchapperont sont les djihadistes de demain. Car la violence nourrit la violence. Comment arrêter cette machine ? Ne pas répondre par la force le lendemain des attentats, était le seul moyen d’enrayer la spirale. Mais il faut un courage immense (que n’ont aucun de nos dirigeants) pour aller à contre-courant d’une opinion publique qui veut lyncher ses meurtriers. Je me souviens que cette guerre a commencé par l’exécution de quelques otages occidentaux par l’Etat Islamique. Des mises à mort par décapitation particulièrement dégueulasses. Mais justifiaient-elles que l’on s’engouffre dans le piège où les extrêmistes veulent nous précipiter ? Cela semble tellement unanimement accepté à cette heure, que je ne peux que ne pas en être. L’unanimité m’a toujours parue suspecte.

Crève coeur aussi de me dire que les responsables idéologiques de ces attentats se dorent la pilule quelque part en Arabie Séoudite et au Quatar dans leurs palais dorés. Et notre président continuera de leur serrer la main (droite) parce qu’ils le tiennent (de la gauche) par les couilles… pardon, par le pétrole. Pas que responsabilité idéologique d’ailleurs, parce que certains magnats/mafioso séoudiens arrosent de leur fric si facilement gagné. Ca coûte cher, une guerre. Et puis, ils aimeraient tant que leur modèle économique soit irréprochable, que les écoles (coraniques) continuent d’être gratuites et que les veuves recoivent une pension. Parce que Daech, c’est d’abord ça: un Etat, avec une territoire, une population, une économie. Avant, avec Al-Qaïda, c’était juste une organisation. Qui se cachait derrière un Etat pourri, Somalie des chebabs, Soudan d’El Bechir ou Afghanistan des talibans. Et quelques paradis fiscaux. Maintenant, les terroristes sont organisés en gouvernement. Et lorsqu’ils auront conquis la Syrie, l’Irak puis au-delà ils revendiqueront un siège à l’ONU.

Crève coeur de devoir descendre me cacher à la cave. Nos libertés publiques chéries sont malmenées: pas de manif pour pousser les Etats à prendre leurs responsabilités dans la lutte contre le réchauffement climatique, pas de rassemblement pour soutenir ma liste préférée aux élections régionales, des descentes de flic quand vous êtes tranquillos au resto avec votre douce, bientôt plus de conotron… T’as un pet de travers, perquisition administrative ! Le préfet décide que tu iras coucher à l’heure des poules ? Hop, couvre feu. On ferme les transports parce que ce sont des cibles : plus de liberté de circulation. La culture en prend un coup: fini les théâtres, les cinémas, les musées. Bon, pour les matches de foute c’est pas moi qui vais pleurer… Pareil pour la Noël des mercantis. Ca va pas faire de mal de se retrouver un peu entre soi, même si ça fait râler les marchands du temple.

Pourtant même si je porte tous ces crève coeurs en moi, je ne vais quand même pas arrêter de vivre à cause de quelques connards en treillis noirs et kalachnikov. Tous au bistrot c’était un bon début. Continuons en faisant une grande farandole de la mort qui tue, une grande chaîne humaine, un vrai pied de nez à la connerie !

Danse_macabre_by_Michael_Wolgemut
P.S : Pourquoi arrêtez d’accueillir les migrants, comme le demande Manuel Valls à Angela Merkel ? C’est stupide, ils fuient présicément ce que nous combattons. Ce seront nos meilleurs alliés contre des terrosites qui tuent sans discrimination, roumis et musulmans.