La crise financière expliquée : parabole des ânes

L’auteur de cette parabole des ânes est un bloggeur espagnol, Alas de Plomo. Elle a été traduite par Muriel Terpereau, et mise en ligne sur : www.insurgente.org. Je l’ai reprise in extenso dans le Conotron tant je la trouve exacte et simple à la fois :

« Il était une fois, un petit village. Dans ce petit village, tranquille et loin de tout, les gens vivaient heureux. Un jour, un individu se présenta. Il était inconnu de tous. Il proposa aux habitants, pour chaque âne que ceux-ci voudraient bien lui vendre, la somme rondelette de 100 €. Certains villageois se dirent que c’était une bonne affaire et une partie des habitants lui vendirent aussitôt leur âne.

Il revint le lendemain et offrit un prix encore plus élevé, soit 150 € pour chaque âne. Ceux qui avaient attendu se réjouirent et, une fois encore, une grande partie des habitants lui vendirent leur âne. Les jours suivants, il offrit 300 € et les habitants qui ne l’avaient pas encore fait vendirent les derniers ânes existants. Puis constatant qu’il ne restait plus un seul âne dans le village, il offrit 500 € par tête en faisant savoir qu’il passerait les acheter dans huit jours. Et il quitta le village.

anes

 

Le lendemain matin, il envoya sur place son associé – que personne ne connaissait – avec les ânes qu’il avait achetés dans ce même village et avec ordre de les proposer à 400 € l’unité. Face à la possibilité de faire un bénéfice de 100 € dès la semaine suivante, tous les villageois lui achetèrent ses ânes à 400 € par tête. Certains n’avaient pas assez d’argent et ceux-ci durent en emprunter. Au bout du compte, les habitants du village achetèrent tous les ânes du canton.

Mais comme ils auraient dû s’y attendre, cet associé disparut. Tout comme avait disparu son collègue : plus jamais on ne les revit. Ils avaient gagné pour chaque âne entre 100 et 300 € : une jolie galette ! Mais le résultat fut que le village se retrouva plein d’ânes invendables car trop chers, et endetté jusqu’au cou.

Dès lors, ceux qui avaient emprunté de l’argent ne pouvant plus revendre leurs ânes furent dans l’incapacité de rembourser leur emprunt. Et ceux qui avaient prêté l’argent vinrent se plaindre auprès de la puissance publique, c’est-à-dire de la municipalité, en expliquant que s’ils ne rentraient pas dans leurs fonds, ils seraient ruinés et que, comme ils ne pourraient plus continuer à prêter de l’argent, c’est tout le village qui connaîtrait la ruine.

Pour que les prêteurs ne se retrouvent pas en banqueroute, le maire, au lieu de donner de l’argent aux habitants du village pour payer leurs dettes (ce qu’il aurait pu faire, mais c’était contre sa religion libérale) le donna aux prêteurs, parmi lesquels il comptait d’ailleurs de nombreux amis. Mais ces derniers, même après avoir retrouvé une grande partie de leurs fonds, ne firent pour autant pas un trait sur les dettes des habitants du village lequel continua à être tout aussi endetté qu’avant. Le maire dilapida ainsi le budget de la commune, qui se retrouva endettée à son tour. Il se tourna vers les communes voisines et leur demanda de l’argent, mais ces dernières lui répondirent qu’elles ne pouvaient pas l’aider puisqu’elle était ruinée, elles n’étaient pas sûres de récupérer les sommes qu’elles lui prêteraient.

Qui s’est enrichi dans cette histoire ? Les deux petits malins du début, qui ont acheté puis vendu les ânes. Les prêteurs, qui ont vu leurs pertes épongées par le maire et qui, par la suite, recevront les remboursements d’emprunts avec intérêt, que quasiment tous les villageois verseront. De plus, ces prêteurs sont propriétaires de facto des ânes, et non le maire.

Et qui est ruiné dans cette aventure? Les habitants du village, qui ne parviendront à éponger la totalité de leurs dettes qu’au prix de beaucoup de sacrifices, travaillant sans relâche pour rembourser les prêteurs, qui pourront au moindre signe de défaillance saisir les ânes. Certains habitants sont même définitivement ruinés. La puissance publique, c’est-à-dire la mairie, c’est-à-dire tous les contribuables, sont également ruinés.

Et pour résoudre tout ça en prétendant sauver le village, le maire licencia la moitié de son personnel (un pauvre cantonnier qui pensait avoir un emploi à vie) et baissa le salaire de l’autre moitié, à savoir la secrétaire de mairie. »