Bloc contre bloc
Depuis la dissolution de l’assemblée nationale le 9 juin 2024, la Vème république est moribonde : son fait majoritaire (qui permettait à un président légal d’être en même temps légitime sur toute chose) a foutu le camp. Emmanuel Macron est dans un coup de force institutionnel permanent : ses gouvernements depuis 2024 (Barnier, Bayrou, Lecornu 14 minutes Lecornu II) expédient les affaires très courantes et bidouillent des budgets de famine sans consensus aucun.
Il s’agit bien d’un coup de force, au sens d’un usage politique dévoyé mais juridiquement légal des prérogatives présidentielles pour contourner la logique parlementaire. Laquelle exigerait que le premier ministre soit le reflet d’une coalition, même hétéroclite à l’allemande. Comme dans n’importe quel régime parlementaire démocratique. La Vème république est devenue un régime hors-sol, vivotant entre légalité et illégitimité.
Cette situation illustre l’impossible malléabilité institutionnelle de la Vème république, celle qui a fait par exemple la longévité de IIIème république avec ses quatre lois constitutionnelles de 1875 bricolées sur un coin de pupitre. Le problème du régime gaullien est celui d’une mécanique constitutionnelle rigide, conçue pour résoudre l’affaire algérienne, mais qui a été tellement reformée et tordue qu’elle en est aujourd’hui bloquée. A-t-on encore le sentiment de participer à la loi ou de consentir à l’impôt, par la voix de ses représentants élus au Parlement en 2026 en France ? Ou encore d’être associé au contrôle des politiques publiques exécutées par un gouvernement centriste minoritaire ? Bien sûr que non !
Alors dans ce contexte institutionnel en décomposition avancée, où en est la bataille pour la domination du champ médiatico-intellectuel (comme aurait dit l’ami Pierre B.) cette guerre de conquête des coeurs ? Et dans le médiatico j’inclue l’analyse des réseaux sociaux et autres merdes dopées à l’IA générative que l’on va voir déferler dans la prochaine campagne électorale.
A gauche du paysage, l’offre idéologique est tellement fragmentée en différentes chapelles, tenues par des personnalités égocentrées, que leur seule perspective réside dans encore plus de fragmentations, encore plus de haines personnelles cuites et recuites. La tentative de désignation d’une candidate premier ministre de gauche à l’été 2026 a été de ce point de vue un non-événement à pisser de rire.
Or la ligne directrice progressiste est connue de tous : pas de prospérité possible sans un partage de la valeur ajoutée equitable ET écologiquement responsable(et inversement). Elle n’a toujours pas été déclinée en politiques publiques et surtout le défaut de pédagogie lui donne déjà des apparences de punition. Alors qu’il s’agirait plutôt d’un sauvetage in extremis pour éviter un sauve-qui-peut de profundis. Ce n’est pas encore aujourd’hui que l’on mangera les riches en France…
A droite, l’angoisse d’un déclin national, avec une fixette persistante sur l’immigration, est toujours au coeur de la révolution nationale attendue. Extrême droite et droite gaullienne sont poreuses depuis les années 80, mais avec le déclin du RPR/UMP/LR (merci à M. Sarkozy et à ses trifouillages électoraux) cette porosité a tourné à la fusion. Ceci sans que le coeur idéologique (et le néant du programme économique) du rassemblement national dédiabolisé soit jamais interrogé. Ca me fait mal aux seins mais il existe bel et bien un acteur dominant dans le champ médiatico-intellectuel français actuel : c’est l’extrême-droite.
L’influence de la situation internationale et l’alignement des droites européennes sur la révolution nationale américaine, elle-même sous la double influence des tycoons de la Silicon valley et du fascisme réactionnaire russe, joue aussi en faveur de l’essor d’un rassemblement national diabolique. Du grec diabolos, qui divise. A commencer par la nation française elle-même.
Car la prochaine échéance électorale d’avril-mai 2027 en France verra le/la candidat/e du bloc de droite-extrême droite percuter la myriade d’egos à gauche, tout en enfonçant les défenses du centre. Qu’importe qui sera le/la challenger à gauche de ce candidat au second tour de l’élection présidentielle, celui-ci/celle-ci a déjà perdu la bataille médiatico-intellectuelle.
Le centre disparaîtra dans la tourmente/campagne, car le centre n’a pas d’idéologie, hormis un libéralisme d’ectoplasme qui permet aux riches de s’enrichir toujours plus et qui fait chier les pauvres en les taxant injustement. Le seul rôle historique du centre aura été pendant vingt ans de faire le lit de l’extrême droite en dégradant les services publics, en plombant toute réforme sérieuse des retraites (dont la seule solution eut été de faire entrer en France plus d’immigrés) ou en accroissant les inégalités. Connement…
La Vème république est en état de mort cérébrale depuis le 9 juin 2024 : je prophétise qu’elle sera définitivement débranchée de toute assistance respiratoire et cardiaque le 2 mai 2027 au soir. On verra alors « monter de la mer une bête qui aura sept têtes et dix cornes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms blasphématoires ». Apocalypse de Jean § 13-etc…
Allez, c’est ça… Good bye… and good luck ! Va y en avoir bien besoin...