Les multiples noms de la guerre
Pour échapper au contrôle du Congrès et pouvoir continuer de mener sa guerre privée contre l’Iran, Donald Trump vient de marquer une pause de trois jours entre l’opération Epic Fury et l’opération Project Freedom. La première, aux dires de Donald Trump n’a pas excédé les soixante jours légalement impartis au président avant qu’il ne demande l’aval d’un Congrès qu’il a de toute façon à sa botte.

Mais ce changement de nom ne trompera personne, à part quelques juristes républicains complaisants. Ou la Cour Suprême, elle aussi toute acquise au renforcement des pouvoirs de l’exécutif dans le système politique américain . C’est la « unitary executive theory » issue de la droite fascisante américaine qui domine désormais le système politique des Etats unis. Les guerres de Donald Trump, dans ce second mandat où le peuple américain lui a connement donné toute latitude pour mener ses affaires, sont à ce titre révélatrices du recul démocratique des Etats unis. En plus d’être, par leurs résultats désastreux économiquement, la preuve de la perte de leur leadership mondial au profit de la Chine.
En Russie, l’opération militaire spéciale en Ukraine n’a toujours pas changé de nom. Signe de constance (il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis et je l’ai toujours dit…) et d’enlisement des combats. Pourtant Vladimir Vladimirovitch ne cherche pas à échapper au contrôle d’un pseudo congrès comme son ami secret Donald John. C’est la sourde colère de son peuple tout entier qu’il doit contrôler.
C’est pourquoi il n’a pour l’instant pas lancé de mobilisation générale. Il se souvient trop bien de la guerre en Afghanistan, mais aussi du naufrage du sous marin Koursk (en 2000) et il ne veut pas revivre ces moments où il est mis en difficulté par les mères des soldats morts dans la grande connerie de la guerre. En Ukraine, il préfère stipendier des pauvres gars, envoyer des condamnés de droit commun ou de lointains Tongouses du Baïkal au grand hachoir à viande.
Des kremlinologues avertis comptent aujourd’hui (comme ceux d’hier au temps perdu de la splendeur soviétique) les sorties du tovaritch-leader : il semble qu’il vive de plus en plus cloîtré. Alors que selon la Constitution le président russe est tenu de fairer un discours annuel à la nation, traditionnellement en mars, Vladimir Poutine ne l’a pas fait en 2026, pas plus qu’en 2025. Il y a dirait-on comme de la méfiance dans l’air entre le tsar et son bon peuple.
De même que Donald Trump qui attend les résultats des midterms, ces élections de renouvellement partiel du Congrès, Vladimir Vladimirovitch a en perspective les prochaines législatives russes de l’automne. Suites aux coupures répétées d’internet en Russie, de la bascule de la messagerie Telegram où jasent les influenceurs extrêmistes pro-guerre vers Max la messagerie officielle filtrée et écoutée par le FSB ex-KGB, avec les files de voitures à la pompe à cause des attaques ukrainiennes sur Touapsé (Mer noire) et Perm (Oural), à cause aussi de l’abattage du bétail en Sibérie dû à la mauvaise gestion d’une méchante fièvre aphteuse, aussi parce que les marchés sont vides de produits autres que les gros choux blancs (bonjour, les flatulences dans les atchas confinées en hiver) et que les prix grimpent sans cesse, à cause de tout ceci le mécontentement gronde en Russie après plus de quatre ans de gu… d’opération spéciale.
Mais c’est Vladimir Vladimirovich qui décidera de renommer son invasion de l’Ukraine et de l’appeler enfin par son vrai nom de guerre. Et de lancer une mobilisation générale, en envoyant les gendarmes enrôler les jeunes Russes. Mais lorsqu’il renommera – enfin ! – son conflit privé en guerre, ce sera parce que la situation sur le terrain sera catastrophique et ce sera un acte de pur désespoir.
Ce jour-là l’Otan reconnaîtra le signal, celui de son entrée dans la danse. Et l’Europe aussi devra aller au casse-pipe. Le seul vrai nom de la guerre.