Ben Laden est mort

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Ben Laden a finalement rencontré sept grammes de plomb lancé à 1000 mètres par seconde. En plein front et à bout touchant, il n’y a plus de tête, juste de la compote rouge sur le mur. Il n’y a pas de photo surtout pour des raisons esthétiques. C’était un méchant con. Et non, je ne pleurerai pas sur son sort. Mais je ferai tout de même quelques remarques politiquement incorrectes.

Est-il bien normal d’affirmer que « justice est faite », comme l’ont fait aussi bien Barack Obama que Nicolas Sarkozy, alors qu’aucun tribunal ne s’est jamais réuni et n’a condamné, même pas par contumace, ce con-là? Ce n’est qu’une violation renouvelée (après Guantanamo, les prisons secrètes de la CIA, la baignoire pour tous et autres pratiques d’équilibristes d’Abou Graïb) du principe de base des libertés publiques, qui a pour nom « habeas corpus », et que l’on ne semble plus apprendre dans les « law-schools » américaines.

Les conseillers militaires ont trouvé toutes les bonnes raisons pour ne pas avoir à s’embarasser d’un procès. Je suis certain qu’il n’a même jamais été question une seule seconde de ramener Ben Laden vivant d’Abbottabad. Trop risqué d’organiser un procès, comme ce fut le cas pour Saddam Hussein. Et s’il s’en sortait? Et s’il n’était pas condamné à mort? Et s’il ne plaidait pas coupable? Trop difficile même de l’enterrer tourné vers La Mecque, de lui donner une sépulture digne d’un musulman. Et d’un martyr.

Pourtant toutes ces bonnes raisons ne tiennent plus devant l’une seule d’entre elles: un procès aurait rappelé au monde entier qu’Oussama Ben Laden a été créé par la super-puissance américaine pour lutter contre les Soviétiques dans l’Afghanistan des années Quatre-vingt. Rappeler celà, sans même convoquer une quelconque théorie sur les liens entre le clan des Ben Laden et certains citoyens américains, fussent-ils président des Etats-Unis, c’était la seule bonne raison de le buter. Ben Laden était devenu un soldat perdu à la manière du colonel Kurtz d’Apocalypse Now. Perdu, et donc fortement compromettant.

Oussama Ben Laden a servi d’épouvantail à effrayer les petits enfants que nous sommes. Epouvantail bien pratique. Peut-être n’est-ce que le fait du hasard ou d’une farouche volonté de résistance s’il est parvenu à échapper si souvent à ses poursuivants. Mais peut-être pas. N’était-il pas plus utile vivant? Bien plus utile vivant que mort. Du grand guignol, voila, ce que nous a servi le gouvernement de Dobel-You, et d’autres toutes ces années. Ce qui leur permet de justifier les patrouilles armées dans les lieux publics, les prolongations de garde à vue, les contrôles des communications, les interceptions et tout ces régimes d’exception devenus désormais notre norme de vie.

Autre question: est-il normal de dévoiler que c’est grâce aux informations données par un des détenus de Guantanamo que Ben Laden a finalement été localisé? N’est-ce pas justifier non seulement la torture de cet « informateur » mais en sus la torture de tous les autres détenus. L’ex-vice-président, Dick Cheney, et son ex-sbire, Donald Rumsfeld, toute cette administration qui légalisa le recours à la torture, sont là qui clament aujourd’hui: « Nous avions raison! » Ces autres méchants cons-là oublient qu’il y a SURTOUT le travail de fourmi qui ont pisté un courrier. Ils oublient que la torture est (d’abord) immmorale, mais aussi (surtout) illégale car des aveux obtenus sous la torture ne peuvent que générer erreur judiciaire sur erreur judiciaire. Même si ponctuellement, parfois, rarement, elle permetttra d’obtenir le nom d’un courrier ou d’éviter qu’un terroriste ne fasse péter sa bombe.

Pensez-vous vraiment que l’on puisse mener une guerre sans y laisser un peu de son âme? Nos législations sont désormais vérolées par des lois scélérates qui permettent un contrôle sans fin sur nos déplacements, nos conversations téléphoniques, nos connexions internet, nos pensées les plus intimes.

Tous les commentateurs s’interrogent aujourd’hui sur ce que va devenir Al Qaïda après l’exécution de son chef. Le mouvement est très certainement affaibli, notamment sur le plan financier, peut être depuis plus longtemps qu’on ne le pense. Et son moral va tomber encore un peu plus bas.

Mais l’idée d’un extrêmisme pan-islamique que portait par Ben Laden, a déjà métastasé: au Pakistan, en Irak (que les anglo-saxons ont renommé le Mess-Pot accouplant: Mésopotamie, mess -le bordel- et melting-pot), dans la corne de l’Afrique, dans le Sahara, en Palestine. Contextes d’humiliation à répétition, d’extrême pauvreté. Contexte d’occupation aussi, par l’allié américain : de la terre sainte d’Arabie Séoudite, plus encore que de l’Afghanistan. De la mosquée de Jérusalem, par les Israéliens.

Face à ce cancer, la seule chimio-thérapie connue sera celle que les Egyptiens, les Tunisiens et les autres révolutionnaires inventeront: une volonté démocratique. Et comme toute chimio, son issue est très incertaine.

Alors, la mort de ce vieux con relève-t-elle d’une décision de justice ? A l’évidence, non. C’était ni plus ni moins qu’un fait unilatéral, un acte de guerre. Justifié, mais pas juste. Légitime, mais certainement pas légal.