La claque au petit roi

Même si nous en rêvions, pour peu que nos instances psychiques (moi, ça, surmoi) soient à peu près équilibrées, que la crainte de l’embastillement affleure à notre conscience, que nous ayons admis notre modeste condition de citoyen ou de manant, c’est selon, nous n’aurions pas mis une claque au petit roi, une vraie claque dans sa gueule, s’entend. Un autre cependant l’a fait, hier, et nous en sommes contents, car, avouons-le, pour combien d’entre nous l’a-t-il fait ? Pour beaucoup !

Certes, on peut toujours tordre la bouche, balancer à tire-larigot, comme le font les médias porteurs de la doxa, des formules creuses et répétées qui interdisent tout débat, toute réflexion « ça ne se fait pas » Mais , c’est quoi ça ? Ça, c’est un geste symbolique qui indique la fin d’un système de « monarchie présidentielle ». Un système dont le petit roi Mikron est l’incarnation, non qu’il soit plus ou moins mauvais monarque que ceux qui l’ont précédé. Mais il est arrivé à la fin, lui, le jeune homme plein d’allant, de morgue et d’espoir, un peu arrogant, un rien méprisant, s’étant coulé comme un bronze dans les ors de la République et le fauteuil du roi-président.

Il est à craindre, à un an de la prochaine élection présidentielle, que la sortie du régime se fasse, comme les autres d’une façon plus ou moins violente. Rappelons les plus récents changements de régimes politiques dans notre pays. 1848 : révolution et coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, 1870 : guerre franco-prussienne, Commune de Paris et instauration de la 3ème République, 1940 : défaite française face à l’Allemagne nazie, fin de la République par la mise en place du régime collaborationniste de Pétain, 1958 : après le putsch d’Alger, en pleine guerre d’Algérie, retour de de Gaulle au pouvoir, il devient le premier Président de la Cinquième. Tiens ! Manque une République ! La Quatrième, mise en place au lendemain de la guerre en 1946, dans un compromis démocratique bien senti entre les différents partis politiques. « Unissez-vous sans vous confondre, différenciez-vous sans vous combattre » disait Solon, encore un Grec ! République parlementaire que cette 4ème dont on ne garde malheureusement en souvenir que l’instabilité ministérielle, oubliant qu’elle fut celle qui mit en place tout notre système de protection sociale, accorda la liberté syndicale, celle de la presse, le droit de vote aux femmes et amorça en douceur les premières étapes de la décolonisation.

Alors, vive la République parlementaire, non ? Est-ce sous-entendre, pour en obtenir une nouvelle que, comme le dit mon vieux père : « il nous faudrait une bonne petite guéguerre » ajoutant, immédiatement après « je déconne , il n’y rien de pire que la guerre ».

Quand le roi sera fatigué, alors, ça changera ? Sans doute, mais en attendant, intéressons-nous, puisque nous sommes encore dans un système qui ressemble à une démocratie, aux élections qui se profilent à l’horizon des 20 et 27 juin prochains. Elections de proximité, régionales et cantonales qui nous permettent de renouer avec la mesure du territoire dans lequel nous vivons. Avec ses limites. Celles-là mêmes auxquelles les Grecs, à commencer par Aristote, père du Lycée et professeur en démocratie, accordaient une grande importance, car c’est bien dans les limites d’un territoire que peut s’exercer la démocratie si l’on comprend la démocratie comme le pouvoir donné aux citoyens c’est à dire à ceux qui participent à la vie de la cité, du territoire. Et nous sommes tous des citoyens, à la différence des Grecs de l’époque d’Aristote, au 4ème siècle (avant JC) , qui pour un certain nombre d’entre eux étaient des esclaves. Nous avons tous le droit de vote, à présent.

Bien sûr, on peut opposer que ce droit-là ne fait pas forcément de nous des Hommes libres , notamment quand on observe notre course frénétique à la consommation, manipulés que nous sommes par la publicité, esclaves de nos biens matériels. Ou bien, victimes ignorantes de cette consommation, laissées sur les bords du chemin. Abstentions donc, par ignorance ou désintérêt. Parce que nous, citoyens ne comprenons pas ou plus, que voter est le premier des exercices de la démocratie. Les dernières élections régionales et départementales ont battu des records d’abstention en 2015 : 40 et 50 % !

Comment remédier à l’ignorance ? Par l’explication et la pédagogie. Encore un mot grec. Donc, retour à ce qui fonde le principe même de la politique tel que l’explique Aristote en commençant par nous dire , dans « Les Politiques » que l’Homme est un animal politique, incapable de vivre en-dehors de la cité à moins qu’il ne soit un dieu ou un bandit. La politique, la bonne politique, œuvre pour le « bien-être ». On dirait de nos jours qu’elle est en charge du « bien vivre ensemble » et non pas du bonheur individuel qui consiste à surmonter son angoisse de la mort. Ne pas confondre. Cela dit, cette bonne politique ne saurait s’exercer sur un territoire trop vaste au risque de s’éloigner des citoyens. De même que la bonne politique ne saurait s’exercer sans limite au sens de mesure, c’est à dire , sans excès, à moins de vouloir tomber dans la tyrannie. C’est pour cette raison que les prochaines élections de proximité sont probablement un espoir démocratique, d’abord pour que le roi soit nu, ensuite pour affirmer un certain « régionalisme », enfin parce que c’est la seule voie contre le nationalisme.

Les 20 et 27 juin prochain : Votez !

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